De Libreville à Paris en passant par Cotonou, Niamey, Abidjan, Dakar, Ouagadougou, entre autres, les Chefs d’Etat ont appelé à l’union sacrée pour lutter contre le COVID-19. Des mesures de confinement, de quarantaine, d’hygiène ont été prises. Des actions pour accompagner les populations vulnérables et les entreprises victimes ont été décidées. Selon les réalités politiques de chaque pays, comment agir en synergie en évitant l’instrumentalisation politique des mesures d’accompagnement ou en évitant que les populations ne perçoivent les efforts consentis comme des aides politiques destinées à des partisans ? Comment unir toutes les forces nationales pour venir à bout de la pandémie. Même en France, au départ, l’opposition avait une posture critique vis-à-vis de Macron. Mais l’urgence de la situation a imposé le consensus. Cette urgence est-elle sentie en Afrique ? Au Burkina Faso, au-delà des initiatives gouvernementales, l’assemblée nationale a lancé une collecte de fonds pour lutter contre la pandémie. Ces fonds seront gérés à travers un compte sous le contrôle des structures de lutte anti-corruption. Le gouvernement dispose de son fonds géré par le ministère en charge des finances. Comment créer la synergie entre ces différentes actions ?
L’État burkinabè avait prévu 500 millions pour gérer la crise du COVID-19. Le plan a été fait sur la base individuelle ou de partenaires et les montants ont évolué dans l’urgence de 9, 11 milliards à 177 milliards. Dans cette situation, seulement environ trois milliards étaient collectés. Mon inquiétude est d’où viendra 177 milliards puisque le pays n’a pas prévu un budget de crise conséquent.
Concernant les frais destinés à la prise en charge des populations vulnérables, le gouvernement devrait faire des ajustements budgétaires car il ne disposait pas de ressources en épargne pour gérer la situation. Les montants alloués au plan de relance sont en réalité des ajustements fiscaux et des prêts bancaires. Aucune somme ne viendra des caisses de l’État. La relance sera l’œuvre des populations à la base quand l’heure de la mobilité va sonner.
A partir du moment où l’Etat ne peut pas financer ce plan, il faut rassembler tous les Burkinabè autour d’une cause commune de survie. En ce moment, il faut cultiver la confiance entre gouvernants et gouvernés. Ce qui est un défi énorme au regard du déficit de confiance entre les concernés avant la crise. Sans le rétablissement de la confiance, l’effort national attendu risque d’accoucher peu de chose. La confiance ne peut être rétablie que si les gouvernants adoptent la redevabilité et renoncent aux petits avantages partisans. Il faut privilégier une gestion transparente à travers la publication et la mise à jour régulière des informations relatives au budget, au programme d’activités, au rapport d’activités sur les sites web des institutions.
Il faut éviter que la prise en charge des gestionnaires administratifs n’engloutisse l’essentiel des ressources au détriment des techniciens que sont les agents de santé au contact avec les malades et exposés à la contamination. Il faut de l’équité dans la gestion de la crise sanitaire. Cela rappelle également la gestion de la crise sanitaire où les hommes sur le terrain ne devraient pas manquer du nécessaire pour faire face aux agressions des terroristes. Ce double défi (sanitaire et sécuritaire) doit être relevé pour éviter une instabilité institutionnelle comme le prédisent certains cercles de réflexion.
La situation impose que les divergences politiques soient tues. Si l’autorité agit mal, l’opposition peut lui écrire une note ou la rencontrer au lieu de passer par les réseaux sociaux. Il faut un minimum de civilité dans les relations entre les acteurs politiques e tous les bords.