Comment les bénéficiaires ont-ils accueilli les mesures d’accompagnement des gouvernants pour aider les populations vulnérables et les entreprises victimes de la pandémie à survivre la période difficile du confinement et de la quarantaine ?
Au Burkina Faso, l’appréciation est mitigée. Certains bénéficiaires saluent les efforts consentis par l’Etat et d’autres jugent que les mesures d’accompagnement ne sont pas destinées aux véritables personnes vulnérables. « Par exemple les habitants des zones non loties affirment avec justesse qu’ils ne sont pas bénéficiaires de ces mesures au regard de l’absence du courant dans ces zones. Malgré la réduction du prix du pack solaire (140.000 f par tempérament au lieu 240.000 f) il reste hors de la portée de certains. Les bornes fontaines qui doivent servir gratuitement l’eau aux personnes vulnérables sont inopérantes toute la journée alors la nuit il y a le couvre-feu », constate un observateur burkinabè. Les mesures d’accompagnement ne sont pas holistiques. Elles ne touchent que quelques secteurs jugés durement touchés par la pandémie comme le tourisme et les transports.
Pour d’autres, les mesures fiscales et sociales arrangent plus les plus nantis. « Par exemple les exonérations avantagent les chefs d’entreprises et pas les employés. » On peut donc affirmer que les entreprises pourront profiter des mesures du gouvernement avec un bénéfice net. Mais le risque est que l’incivisme fiscal et l’accointance politico-business feront perdre aux mesures orientées sociétés et entreprises leur impact réel dans relance économique recherchée.
La parole présidentielle devrait être opérationnalisée par les institutions nationales à l’image des mairies. Concernant les mesures à prendre pour permettre aux femmes de vendre les produits frais, les concernées sont toujours dans l’attente car certains pouvoirs locaux demeurent muets. A Saaba, à la périphérie est de Ouagadougou, un vaste terrain est consacré à ces femmes et les ventes se déroulent de manière satisfaisante. A Kaya, les femmes ont réinvesti les bordures du marché dans des conditions ne respectant pas les consignes sanitaires. Ces comportements qui ressemblent à du boycott seraient sans doute liés à un instinct de survie au regard de la précarité dans laquelle vivent ces populations.
En faisant le parallèle avec la construction des routes, les décideurs devaient trouver des moyens de contournement ou de déviation. En d’autres termes, elles devaient identifier des sites de désengorgement pour chaque catégorie d’acteurs. « On peut même doter les gens de tables adaptées pour que chacun vende devant sa porte. »
Au niveau du secteur de la culture, certains artistes contestent la légitimité du comité chargé de réfléchir sur les moyens de mitigation du phénomène.
Les zones rurales semblent être les parents pauvres des mesures d’accompagnement. Il fallait une démarche inclusive prenant en compte toutes les composantes de la vie nationale dans le processus d’identification des besoins. La crise sanitaire offre une opportunité de rapprochement de tous les Burkinabè pour opérationnaliser le discours sur la réconciliation nationale. Pour venir à bout du COVID-19, l’union sacrée est indispensable. Il faut une gestion participative et inclusive en lieu et place d’une gestion partisane. Il fallait une telle démarche inclusive dans la gestion sécuritaire depuis 2016.
Au lieu des dons à distribuer aux plus vulnérables, l’Etat aurait pu subventionner le prix des denrées de premières nécessités afin de permettre de les acquérir à prix social. Cela facilitera l’acquisition de ces denrées par le plus grand nombre.