Le monde entier semble être surpris par une menace invisible qui crée la psychose aussi bien dans les villes les plus développées que dans les villages les plus archaïques. En l’espace de trois mois, le nouveau coronavirus, parti de Wuhan en Chine, a colonisé la planète entière. Progressivement, dans la majorité des Etats, des écoles, des lieux de cultes, des marchés ont été fermés. Des compagnies de transport aériennes, terrestres, maritimes et ferroviaires sont à l’arrêt. Après avoir fermé leurs frontières, la majorité des pays se sont confinés. Des villes sont mises en quarantaine. L’état d’urgence sanitaire a été décrété doublé d’un couvre-feu dans la plupart des Etats, notamment en Afrique. Le télétravail devient de plus en plus la norme. Des gouvernants décident à distance. Des entreprises opèrent à travers les technologies de la communication. Les enfants, dans certains pays, sont éduqués grâce à l’enseignement à distance par la radio, la télé ou l’internet. On assiste au développement de l’esprit d’indépendance et d’autoprotection devant une menace globale. Les institutions porteuses des valeurs d’interdépendance et de coopération demeurent sans réponses efficaces. L’Organisation des Nations Unies, l’Organisation Mondiale de la Santé, les organisations régionales et sous-régionales peinent à trouver la meilleure réponse. Les Etats se replient, se renferment et prennent en main leur destin. Ces mesures individuelles des Etats n’empêchent pas la pandémie de s’étendre. Après avoir occupé les principaux coins de la planète, le virus est passé à l’étape de la contamination communautaire. Il ose même la contamination importée avec des retours de cas du monde vers la Chine. Ce cercle vicieux imposé au monde, nécessite une réponse holistique, synergique et interdépendante.

Au niveau national et mondial, il faut privilégier des stratégies d’interdépendance et de coopération entre les acteurs.

En lieu et place des multiples espaces de décisions et d’actions au niveau interne des Etats, les gouvernements doivent assurer le leadership de la coordination de la lutte. Il ne devrait pas avoir de place pour des actions claniques ou partisanes. L’existence de l’Etat est menacée et l’union sacrée devrait prévaloir. Il ne doit pas exister plusieurs niveaux d’intervention comme on le constate au Burkina Faso. Au moment où l’exécutif appelle à l’effort national, le législatif propose un coronathon à travers une initiative de mobilisation populaire et citoyenne. Chaque acteur disposant de comptes propres pour recevoir les contributions des bonnes volontés et ayant ses priorités propres de gestion de la crise. Il y a là un risque de dispersion de forces pour venir à bout de l’épidémie.

Au niveau sous-régional et africain, les institutions d’intégration se satisfont d’apporter de l’aide aux Etats membres au lieu de prendre les devants pour montrer la maturité de l’intégration régionale. Pendant plusieurs années de publicités faisant croire que la sous-région ouest africaine était un modèle d’intégration sous-régionale à travers la CEDEAO, le COVID-19 est venu prouver que les frontières héritées de la colonisation demeurent des murs infranchissables qui peuvent se fermer du jour au lendemain transformant l’interdépendance et la coopération en mythe. Face à une menace transnationale, les organisations sous-régionales en charge de la santé, notamment l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), basée à Ouagadougou, devrait assurer la coordination des actions au niveau ouest africain. La CEDEAO elle-même devait interpeller les Etats du danger des fermetures des frontières sur la survie du projet intégrateur sous-régional. L’Union Africaine a également été absente aux premières heures, laissant les Etats souverains s’occuper de leurs sorts. Elle a certainement observé l’impuissance et l’inertie de sa sœur européenne et de l’incapacité de l’ONU et de l’OMS au niveau international dans la régulation des efforts de lutte contre la pandémie. Plus d’un siècle d’efforts de construction des projets d’interdépendance et de coopération, depuis la Société des Nations (SDN) en 1919, ont été sacrifiés par l’invasion du nouveau coronavirus.

En face d’un mal global, le monde a donné des réponses individuelles et parcellaires. Là où il fallait faire prévaloir l’interdépendance et la coopération, des puissances comme les Etats Unis et la France ont laissé jaillir le repli et l’autoprotection. Des incidents comme l’achat à l’aéroport (en Chine) par les Américains des masques commandés par la France traduisent la déliquescence de la gouvernance mondiale. En lieu et place de s’unir pour faire face à un péril planétaire, chaque Etat choisit une réponse nationale égoïste.

Le virus global semble avoir monopolisé le débat faisant oublier des priorités vitales comme la lutte contre le terrorisme et les injustices dans la gouvernance mondiale. Les inégalités de genre et même les violences conjugales prennent de l’ampleur en ces temps d’incertitude. Le monde perd ses repères en termes d’équité et de justice.

Seules l’interdépendance et la coopération pourra venir à bout de ce virus global. Il n’y a pas de consensus minimum à envisager. Il faut une entente globale entre les nations et un engagement commun à l’intérieur des Etats. Les solutions individuelles et parcellaires ne feront que retarder la bombe qui explosera. Après les contaminations communautaires, il faut s’attendre à l’augmentation de la contamination importée car le monde sera obligé de reprendre son rythme de vie et les transports reprendront. Il faut se donner la main, de manière solidaire, pour s’aider, petits et grands Etats à maîtriser le mal. Ceux qui disposent de plus d’expertise et de moyens comme la Chine doivent renforcer le soutien des plus faibles. Le virus global a fait de la terre son village planétaire et les dirigeants du monde doivent sceller un pacte contre ce mal commun. Par sa technologie et par son intelligence, le monde en est capable. Il faut dépasser les égoïsmes personnels et nationaux pour sauver la planète et engager une nouvelle relation avec la nature pour une cohabitation apaisée entre les hommes et l’environnement. Le salut du monde se trouve dans la renonciation et dans l’option d’une vie plus modeste, plus naturelle, plus solidaire et plus humaine.

Dr Poussi SAWADOGO

Diplomate – Enseignant de relations internationales

Conseiller en formation/IACDI