Depuis des années, les individus, les communautés, les nations et les organisations intergouvernementales vivaient tranquillement de l’héritage du passé et des acquis du présent. Les certitudes étaient devenues des paradigmes incontournables. En l’espace de trois mois, grâce à un virus, tout est remis en cause. Il s’impose un devoir de rupture et une obligation de nouveau départ. Au lieu de s’accrocher au passé et de se contenter des acquis du présent, il vaut mieux se soucier de l’avenir car c’est là que nous allons passer le reste de notre temps.

La période de confinement est le moment idéal pour réfléchir au futur. Chaque individu, chaque communauté, chaque nation et chaque regroupement interétatique doit penser maintenant son avenir politique, économique, social, culturel, religieux et spirituel. Il n’est pas sûr d’avoir des réponses durant ce temps que chacun souhaite court mais le plus important, c’est le questionnement que chacun aura. Les questions sont plus importantes que les réponses. Elles précèdent les réponses et les fécondent. Cet exercice est juste un questionnement qui n’a pas la prétention de trouver les réponses. N’est-ce pas une autre façon d’envisager le futur ? Par l’interrogation ?

La première question et la plus importante me semble être celle du nouveau système d’éducation à adopter pour donner à nos enfants le meilleur savoir-être, le meilleur savoir-faire et le meilleur savoir. N’est-il pas opportun d’inverser le processus d’apprentissage ? Avant d’aller au savoir, il faut d’abord acquérir le bon comportement et savoir-faire quelque chose de sa vie. Le savoir est une armes si puissante qu’il ne devrait pas être donné si tôt et à n’importe qui. Les traditions africaines enseignent d’abord le bon comportement, apportent le savoir-faire dans un domaine donné avant de délivrer les secrets du savoir. Dans le système moderne, le savoir est donné à n’importe qui et cela cause d’énormes dommages. Imaginez un responsable avec un mauvais comportement sans une compétence avérée qui n’a que le savoir.

Sommes-nous des parents parfaits pour inspirer nos enfants ? Sommes-nous des enseignants exemplaires pour indiquer la voie à nos élèves et à nos étudiants ? Sommes-nous des dirigeants visionnaires pour adopter une politique éducative à même de répondre aux besoins de nos sociétés ? Quel enseignement post-COVID-19 depuis la maternelle jusqu’à l’université ? Faut-il se laisser surprendre par un fléau et se précipiter à fermer les écoles par impuissance ? Comment capitaliser des siècles de progrès technologiques pour continuer à éduquer nos enfants en situation de crise ?

La seconde question concerne la gouvernance politique. Aurions-nous besoin du système de gouvernance démocratique tel qu’il se pratique actuellement après le COVID-19 ? Les partis politiques, les dirigeants politiques, les acteurs politiques n’ont-ils pas démontré leur insuffisance, sinon leur incompétence ? La liberté telle qu’elle est comprise pourra-t-elle survivre au COVID-19 ? Les hésitations et les imitations des dirigeants politiques qui adoptent sans tenir compte des contextes nationaux et locaux des mesures anti-COVID-19 ne sont-elles pas de nature à fragiliser la confiance entre les peuples et les gouvernants ? La démocratie libérale aura-t-elle une valeur pour continuer à s’imposer au monde ?

La troisième question porte sur l’avenir économique de l’après-COVID-19. Le libéralisme avec la dictature du marché comme norme acceptée survivra-t-il au COVID-19 ? L’éducation, la santé et l’environnement continueront-ils d’être des objets marchands ? Les pôles économiques du monde demeureront-ils les mêmes les années à venir ? L’économie endogène a-t-elle l’opportunité de s’affirmer en Afrique ? La fragilité économique mise en évidence par le COVID-19 dessine-t-elle un nouvel ordre économique mondial ?

La quatrième question touche le secteur social. Aurons-nous les mêmes relations humaines après le COVID-19. Les hommes et les femmes vivront-ils différemment leurs relations de couple, de travail, en société ? Les fortes hiérarchies d’hier continueront-elles à s’imposer à l’avenir ? Le leadership familial et social connaîtra-t-il une mutation ? Aurons-nous besoins de nouvelles valeurs sociales et un nouvel humanisme pour sauver le monde ?

La cinquième est celle religieuse. Le COVID-19 a fermé nos mosquées, nos églises et nos temples. Il a porté atteinte à nos pratiques traditionnelles de la religion. L’après-COVID-19 verra-t-elle émergé de nouveaux rapports entre Dieu et les hommes/femmes ? La spiritualité prendra-t-elle le dessus sur la religiosité ? Aurons-nous encore besoin de berger pour entrer en contact avec Dieu ? Quel genre de bergers émergera-t-il après cette expérience inédite ? L’évangile de la prospérité tirera-t-elle une leçon du COVID-19 ?

La dernière question concerne notre rapport à la science. Comment apprécierons-nous la vérité scientifique après le COVID-19 ? Notre foi à la science sera-t-elle davantage renforcée ? La science sera-elle le facteur déterminant de la puissance de demain ? Quelle place jouera l’Afrique dans cette ambition de quête de puissance sanitaire ? Les Etats africains iront-ils en rang serré ou dispersé ?

En somme, l’après COVID-19 sera une nouvelle ère qui réussira aux individus, aux communautés, aux nations et aux regroupements interétatiques qui se poseront les bonnes questions. Et c’est maintenant ou jamais de se les poser. Pendant que les médecins et les infirmiers sont au front pour nous sortir de situation, pendant que les politiques peinent à trouver la meilleure décision, pendant que les écoles sont fermées, pendant que le pire est annoncé par certaines organisations internationales, nous devons trouver le moment du questionnement. Ce questionnement ne peut pas être économisé ni reporté. En tant qu’individu, en tant que communauté, en tant que nation, en tant qu’organisation intergouvernementale, il faut absolument se poser les bonnes questions. Pourquoi sommes-nous dépassés par la situation ? Comment nous en sortir ? Et que faire pour ne plus vivre une telle situation ?

Dr Poussi SAWADOGO

Historien – Ecrivain

Diplomate – Communicateur

Coach – formateur