Afin de permettre un approfondissement des questions discutées, la quatrième semaine de débat sur la géopolitique du COVID-19 porte sur les défis communicationnels. Comment appréciez-vous les actions de communication de tous les acteurs (politiques, leaders d’opinion, responsables des OSC, experts, activistes, soignants, citoyens) ? Comment améliorer l’offre d’information sur la pandémie ? Et l’autre fléau : le phénomène des fake news ?

Au Burkina Faso, il y a un semblant de cacophonie dans la communication, non seulement entre les membres de l’exécutif mais aussi au niveau des acteurs stratégiques et des techniciens. Ministres, conseillers spéciaux, responsables politiques, médecins et autres acteurs s’expriment sur les mesures prises sans trouver un consensus. La communication gouvernementale est caractérisée par une certaine cacophonie depuis les premiers instants de la crise avec le ministre de la santé esseulé qui tente tant bien que mal de se défendre. L’impression que ça donne au profane, c’est l’incompétence des acteurs. Ils devraient se faire accompagner par des spécialistes.

Les messages destinés au grand public semblent ne pas atteindre l’objectif visé. En effet, le citoyen lambda qui ne se sent pas vraiment concerné par la pandémie et la considère comme un problème de riches  ou même une chimère. Des gens ont affirmé qu’ils n’ont pas de voisins ou de connaissances malades. Et que si la maladie existait, ils auraient eu quelqu’un de leur entourage malade. Il manque des reportages dans les médias conventionnels sur le fléau à l’image de ce qui a été fait ce 14 avril 2020 sur l’hôpital de Tengandogo Cela laisse les rumeurs prendre les devants rendant difficile le changement des comportements.

La posture choisie par les acteurs était de courir derrière les fausses informations pour les démentir au lieu d’avoir une posture d’anticipation. Il y a tellement d’information si bien qu’il est difficile de pouvoir faire la différence entre la bonne et l’ivraie. Il revient aux gouvernants d’assumer le leadership de la communication publique et sociale. Pour cela, il faut avoir un discours qui a un sens et qui peut fédérer.

Sur RFI, il fait état d’une certaine cacophonie autour de la pandémie au Tchad par défaut d’un communicateur pour piloter et orienter la prise de parole publique. Il faut des journalistes professionnels pour informer les citoyens en temps de crise. Les journalistes généralistes couvrant tous les événements ne peuvent pas produire des informations sensées pour orienter et guider les publics. Ils se contentent des bribes d’information distillé sur les médias sociaux et reprennent les dépêches des médias occidentaux et cela n’arrange pas les choses. On a besoin de journalistes spécialisés en santé et surtout en situation de crise sanitaire comme il y a des journalistes de guerre. Il faut surtout du professionnalisme et de la responsabilité sociale et ce qui porte atteinte à l’intérêt commun doit être souligné.

Le public a besoin d’information vraie pour ne pas donner libre cours aux Fake news. À ce niveau le gouvernement est mis au banc des accusés. Il doit assumer son leadership et permettre de crédibiliser les informations issues des institutions républicaines. Face à une pluralité d’acteurs, la crédibilité de la source informationnelle (celle étatique) est bafouée et il faut la restaurer. Pour ce faire, toutes les composantes de la société doivent être mises à contribution (du sommet de l’État jusqu’au citoyen ordinaire) pour un « assainissement » des mentalités afin de faire prévaloir des attitudes responsables.