La pandémie du coronavirus impacte négativement le secteur de l’alimentation. Des stocks alimentaires des plus fortunés à l’aide alimentaire pour les plus vulnérables, le COVID-19 met à nu les inégalités dans l’accès à la nourriture partout dans le monde. L’Afrique ne fait pas exception et les mesures prises n’auront de chance d’être respectées que si des actions d’accompagnement s’opèrent pour alléger les plus pauvres. Au Sénégal, au Niger et en Côte d’Ivoire, l’Etat envisage apporter de l’aide alimentaire aux populations vulnérables.

Le problème se situera à deux niveaux : la production et la distribution. La pandémie rappelle l’importance de développer la production locale. Avec la fermeture des frontières, il sera difficile d’alimenter les populations avec les denrées importées. Le défi est plus grand pour les pays sahéliens avec les contraintes sécuritaires qui handicapent la production locale. Il faut cependant tout faire pour éviter des émeutes de la fin qui pourrait menacer la stabilité des Etats africains déjà fragilisés par les défis sécuritaires et les difficultés économiques.

Il faut aussi revenir aux fondamentaux de la solidarité qui permet d’éviter le gaspillage. Il faut faire du don notre « frigo social » selon l’expression de Marcel Mauss. Il faut aussi encourager la production familiale à domicile concernant les légumes. Cela a l’avantage de permettre une consommation saine. Nous sommes face à une situation à conséquences systémiques. Pour notre souveraineté alimentaire il faut une batterie de mesures au niveau des producteurs à la base. Cela prend en compte la promotion de la recherche pour des semences adaptées au changement climatique,  tout en valorisant les savoirs et les savoir-faire locaux, la vulgarisation de technologies économes d’eau comme les systèmes de goutte à goutte à subventionner par l’État en encourageant nos artisans nationaux. Il faut tenir compte des expériences antérieures dans le pays et dans la sous-région. C’est tous les systèmes éducatif et agricole qui doivent être revus. Pour cela, il faut de la vision et du leadership porté par le sommet avec à la clé une prospective réelle de développement.

Il faut une mentalité de rupture comme le suggère le scientifique béninois Valentin Agon : « A quand la fin de la dépendance de l’Afrique ? N’attendons plus un instant, rompons avec nos politiques d’aides et de dépendance et ouvrons nos yeux sur ce qui fait notre richesse et mettons-la en valeur et nous serons les bailleurs des autres très prochainement. L’Afrique n’a pas besoin d’aide, elle a besoin de l’éveil du génie de ses fils patriotes et leur engagement à changer le cours de son histoire peu reluisante. Etes-vous conscient du drame que nous vivons chaque jour ? […] Nous n’avons pas besoin de l’influence de toutes les forces du monde pour résoudre nos problèmes. »