Depuis plus de quatre ans, les Burkinabè font face à de multiples crises : difficultés économiques, récurrentes attaques terroristes, dramatiques conflits communautaires, profonde et permanente grogne sociale et progressive installation du coronavirus (COVID-19). De la gestion pure à la communication, de nombreux faits et gestes des gestionnaires démontrent un amateurisme dans la prise en charge des crises.
Une analyse préalable des situations ne semble pas avoir été faite avant toute prise de parole publique. Il y a souvent une contradiction entre les mesures annoncées et les constats de terrain. Chacun peut faire son opinion sur les promesses et les mesures annoncées et les actions concrètes sur le terrain. Pour que notre parole gagne en crédibilité, il faut que nos actes transforment nos promesses en réalités concrètes. Il faut faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait.
La confirmation de l’amateurisme de nos gestionnaires de crise est donnée par les mesures prises suite à la propagation du COVID-19 dans notre pays. Nous avons tenté de trouver des déclarations du Chef de l’Etat sur Youtube comme pour les autres en vain. Même les déclarations du gouvernement ne s’affichent pas. Il faut cependant être présent partout pour faire passer le message. Le combat semble être, pour le moment celui du porte-parole du gouvernement et des autorités sanitaires. Il faut une déclaration forte du Chef de l’Etat accompagnée d’actes forts. Les communicateurs de la Présidence du Faso sont interpellés.
Ailleurs, ce sont les Chefs d’Etat qui prennent les mesures et invitent leurs concitoyens à les respecter. Les exemples sont légion et nous prenons simplement les cas sénégalais, ghanéen, français et américain. Macky Sall (https://www.youtube.com/watch?v=XDBRZjSKCNY), Akufu Addo (https://www.youtube.com/watch?v=Kkk_2ltXqqc), Emmanuel Macron (https://www.youtube.com/watch?v=U_qD7OliGjw ; https://www.youtube.com/watch?v=MEV6BHQaTnw) et Donald Trump (https://www.youtube.com/watch?v=dtTVI5lahSk) ont pris des mesures qui s’imposent à leurs citoyens. Au Sénégal, Macky Sall appelle à la mobilisation générale allant des services sanitaires aux forces armées en passant par les simples citoyens. Au Ghana, Akufu Addo a suspendu pour quatre semaines tout regroupement de personnes, notamment les conférences, les ateliers, les funérailles, les festivals, les rencontres politiques, les événements sportifs, les activités religieuses de toutes les confessions ; seules des rencontres d’au plus 25 personnes sont tolérées. Pour la France, les mesures prises doivent même s’imposer aux citoyens européens et Macron compte jouer de son leadership pour amener ses homologues européens à s’aligner aux mesures françaises pour sauver l’Europe. Donald Trump a décrété l’Etat d’urgence sanitaire et interdit les vols entre les Etats-Unis et l’Europe. Les mesures américaines s’imposent même au monde entier. C’est le reflet de la puissance.
Quant au Burkina Faso, un gouvernement, c’est-à-dire un regroupement de personnes, s’est réuni pour interdire des rencontres de plusieurs personnes soumises à autorisation. Des mesures ont été annoncées pour la protection des citoyens et les autorités sanitaires s’habituent aux conférences de presse. Malheureusement, l’épidémie fait son beau chemin avec une quinzaine de cas déclarés à la date 15 mars 2020. Le risque que la maladie devienne une pandémie au niveau national est grand. Elle est déjà une pandémie sur le plan international depuis le 11 mars 2020 avec plus de 110 000 personnes contaminées, selon l’OMS. Si la communication des autorités sanitaires burkinabè se veut rassurante passant du démenti à la confirmation de cas, les actes et les gestes sur le terrain laissent à désirer. Au moment où les mêmes autorités sanitaires invitent à l’interdiction des rassemblements, elles sont accueillies en grande pompe dans les régions, notamment tout récemment à Boussouma (Centre-Nord) et dont les images ont été abondamment partagées sur les réseaux sociaux.
Sous la pression des faits, les établissements de tous ordres et de tous profils sont fermés. Une décision sage qui mérite le soutien des parents et de tous les Burkinabè.
Si ailleurs, le défi sanitaire est le seul mais a déjà des conséquences dramatiques aux plans économique, financier et social, au Burkina Faso, cette crise sanitaire risque d’accentuer les crises déjà présentes : crise économique, l’extrémisme violent, les conflits communautaires et la grogne sociale. Il faut absolument faire une analyse profonde des impacts possibles du COVID-19 sur un Burkina Faso déjà malade.
Dans une telle situation, il est incompréhensible qu’un gouvernement responsable accepte laisser des travailleurs aller en grève générale. Il est plus avantageux de reculer devant une situation imposée par la nature que de choisir le chemin de la témérité. Il y a du mérite dans le recul stratégique pour sauver l’essentiel, la santé des populations. Que comptent quelques milliards en face de la vie de nos citoyens. La seule solution, la plus simple et la plus humaine est de reporter l’application de l’IUTS afin de calmer les forces sociales et de faire front commun contre le coronavirus. Le coronavirus « n’a pas de passeport », soutient Macron. Il n’a pas non plus une carte d’un parti politique. Sortons de la complaisance et de l’attitude d’accusation qui a toujours prévalu dans la gestion de la crise sécuritaire et qui jusqu’à présent n’a pas donné de résultats pour entrer dans une démarche de cohésion et d’union sacrée pour sauver la santé et la paix au Burkina Faso.
Face à la situation, le Président Sall déclare que tous les sacrifices seront faits par l’Etat pour sauver le Sénégal. Le français Macron est prêt à payer les salaires des travailleurs obligés de rester à la maison et d’annuler les impôts des entreprises touchées par les effets du COVID-19. Le plus important, c’est l’union sacrée contre un mal qui n’épargne personne. Des ministres, des leaders religieux, des sportifs, des entrepreneurs, des personnes âgées, des jeunes et bien d’autres membres de la société paient le tribut du COVID-19.
Tous les gouvernements sont conscients que cette pandémie va mettre à genou les économies nationales et partant l’économie mondiale. Des villes entières sont en quarantaine, la finance internationale dégringole, les trafics aériens sont à l’arrêt dans plusieurs pays, les prix du pétrole chutent… Ils pensent déjà aux mesures de relancer les économies après la crise. Ils sont dans une posture d’anticipation tout en prenant de mesures de prévention et de gestion de la maladie du COVID-19. Et nous, que faisons-nous au Burkina Faso ? Continuer dans nos luttes partisanes occultant l’essentiel : la vie de notre patrie. Autorités comme citoyens, nous devons nous laisser pénétrer par le sentiment de l’urgence de l’action.
Quelles sont les pistes pour consolider la gestion pure de la crise du COVID-19 et la communication sur celle-ci au Burkina Faso ? L’IACDI tente de donner quelques éléments.
Face à ce défi sanitaire qui touche non seulement le monde entier mais aussi chaque Burkinabè pris individuellement, il faut respecter rigoureusement les consignes sanitaires. Cela devrait permettre de réduire le rythme de propagation de la maladie. Collectivement, nous avons le devoir de nous protéger et de protéger les autres. L’accompagnement des leaders politiques, syndicaux, communautaires, religieux et de la société civile doit être permanent dans la sensibilisation des populations. Il faut faire face au COVID-19 avec dignité. Il ne faut pas céder à la peur. Avec courage, montrons la voie et avançons avec détermination.
Les décideurs doivent mettre à la disposition des soignants les moyens nécessaires pour relever le défi. Il faut rendre disponibles des endroits de détection et de traitement de la maladie dans toutes les régions. Il faut de l’efficacité et de la responsabilité dans la gestion de l’épidémie. C’est le temps de l’affirmation d’un leadership transformateur pour restaurer la confiance entre un peuple et ses dirigeants. La coopération internationale et régionale à travers l’OMS et l’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS) doit être davantage active pour soutenir le pays.
Les conseillers et autres experts doivent apporter des conseils en matière de gestion et de communication de crises et de risques. Des outils d’analyse des conflits, comme l’échelle de criticité permettant de mesurer le degré de gravité d’une crise et sa probabilité d’occurrence, doivent être vulgarisés. Des campagnes de sensibilisation sur la gestion et la communication de crises et de risques doivent être organisées. Avec les TICs, cela se fera en ligne. L’IACDI s’engage à partager des outils à travers son site Web (https://iacdi.org///) et sa plateforme WhatsApps. C’est sa contribution citoyenne pour éclairer les gestionnaires de crise et autres animateurs de cellules de crise.
Les commerçants doivent être solidaires des populations en évitant d’augmenter les prix des produits servant à la prévention contre le COVID-19. Il revient à l’Etat d’assurer un contrôle pour éviter les dérapages. Il n’y a pas d’esprit mercantiliste qui vaille dans un contexte où l’Etat est en péril.
La recherche doit se mettre en mouvement, en alliance avec nos connaissances endogènes, pour trouver des solutions de traitement.
Afin d’aider les gestionnaires de crises, nous partageons les six points de la gestion de crise conçus par le PNUD :
– l’évaluation de la vulnérabilité
A ce niveau, en France, la priorité du Président Macron est de prendre en charge les personnes âgées et les malades exposées aux formes graves du COVID-19.
– le recueil et le traitement des informations disponibles relatives au risque analysé
Au regard de la masse d’informations qui circule sur le COVID-19, il importe d’assurer une vérification et un traitement professionnel des données.
– la mise en place d’un plan de secours
Il faut un plan B afin de prendre le dessus si le plan A échoue. En effet, si la pandémie s’installe, que faire ? Il faut prévoir le pire et envisager des réponses que d’adopter le comportement de l’autruche et se retrouver dans des difficultés.
– la formation du public
Il faut absolument entreprendre une éducation aux médias des populations afin d’éviter que les fausses informations ne deviennent le véritable virus tueur. Les soignants doivent bénéficier des formations appropriées pour sauver des vies sans être exposés eux-mêmes.
– la mise en place d’un système d’alerte opérant
L’Etat dispose de centres d’alerte et il revient aux experts de ces centres de jouer pleinement leurs rôles. Pour cela, il faut leur apporter les moyens nécessaires.
– des entrainements réguliers
Il faut s’entraîner régulièrement pour être en mesure d’apporter les solutions idoines.
L’IACDI en tant que force de proposition jouera sa partition en ces moments difficiles pour le Burkina Faso, pour l’Afrique et pour le monde. Faisons du COVID-19 une opportunité de changement de mentalités et de comportements au Burkina Faso. Cette maladie apporte une belle leçon d’humilité et d’humanité. Elle nous rappelle que nous sommes interdépendants, en famille, dans la communauté, dans la nation et dans le monde. Nous avons un destin commun et nous devons davantage être responsables. Citoyens et gouvernants doivent abandonner les comportements suicidaires et adopter des attitudes salvatrices. Notre pays, notre continent et notre monde est en danger. Nous devons agir. Agissons par l’exemple, agissons par devoir, agissons par humanisme.
Zoomb-noog SILMANDE
Analyse/IACDI